Le Musée du Verre
Niveau 0 : dans les entrailles de la terre
Le premier souffle de l’aventure verrière à Meisenthal
Le billet d’entrée nous donne accès à un parcours de visite totalement reconfiguré qui débute par la visite du Musée du Verre. Depuis le rez-de-cour, l’on s’engage dans un long couloir nous menant dans les entrailles de la terre.
Au bout, une cave voûtée en grès des Vosges abrite un auditorium proposant la projection d’une séquence vidéo introductive à la visite qui lève le voile sur l’épopée industrielle hors du commun vécue par la Verrerie de Meisenthal.
L’espace révèle également le foyer du premier four de la verrerie de Meisenthal (construit à partir de 1704), où, il y a plus de 300 ans, des tiseurs entretenaient patiemment le feu permettant la fusion du verre. Cette approche quasi archéologique de l’histoire du verre à Meisenthal, au travers de la plus ancienne strate historique du site nous plonge au cœur d’une histoire qui nous sera racontée dans les étages supérieurs.
Le Musée du verre
Niveau 3 : sous la charpente
La salle des techniques, l’alchimie des matériaux , la beauté des gestes
Le deuxième étage dit “le grenier” est un espace qui a été couronné dans les années 1930 par une charpente exceptionnelle, dite “en résille”, dont le principe a été breveté en 1923 par Friedrich Zollinger, ingénieur architecte allemand proche du mouvement Bauhaus. Jusqu’ici inaccessible au public et désormais totalement restaurée, elle surplombe deux salles d’exposition.
La première salle dite “salle des techniques” lève le voile sur l’alchimie du matériau-verre et révèle l’arsenal des techniques traditionnelles et savoir-faire d’exception convoqués pour façonner le verre “à chaud” et pour le parachever et le décorer “à froid”. Sont ainsi exposés divers outillages et matériaux ainsi que des objets-témoins illustrant les techniques présentées, puisés dans les collections patrimoniales ou contemporaines du musée.
Divers outils de médiation sont également déployés dans cet espace (textes bilingues français-allemand, photos et vidéos, objets en verre “à toucher” pour une approche tactile).
Niveau 2 : les entresols
La salle des verreries régionales ,trois siècles d’aventures verrières
L’étage inférieur permet d’accéder à la salle d’exposition présentant les verreries
régionales. En son centre, la projection d’un plan interactif et animé dresse un très impressionnant panorama chronologique des créations et extinctions d’unités de production verrières et cristallières dans le Grand Est et en proche Allemagne, de 1704 à nos jours. De part et d’autre, dans des vitrines déployant plus de 60 mètres linéaires de présentation, sont déployées près de 400 pièces produites par une quinzaine de maisons (dont les verreries de Meisenthal,Goetzenbruck, Lemberg, Arzviller ou encore les cristalleries Saint-Louis, Lalique, Baccarat, Daum…). Issues des collections du Musée du Verre deMeisenthal, prêtées par des musées partenaires ou issues de collections particulières, elles illustrent à merveille l’incroyable diversité des productions régionales, qui embrassent différents courants artistiques et nous font voyager à travers les époques.
Salle d’exposition – le Verre artistique, des trésors de l’Art nouveau aux œuvres contemporaines
La dernière salle d’exposition permanente du musée est consacrée au verre artistique et met à l’honneur le travail réalisé par des créateurs à Meisenthal. Si en effet la Verrerie de Meisenthal, tout au long de son itinéraire, a principalement produit des objets d’usage courant pour la plupart liés à l’art de la table, des artistes et créateurs ont, avec la complicité de verriers virtuoses du cru, imaginés des pièces d’exception, tant dans leur esthétique ou la force de leur propos, que dans les innovations techniques qu’elles ont souvent induites. Véritable salle des trésors, cette salle rend un hommage appuyé au génie créatif d’Emile Gallé. A la fois artiste engagé et entrepreneur hors pair, Emile Gallé, partisan d’un art démocratisé (en réaction à la révolution industrielle), nourrit l’idée de célébrer le mariage heureux entre création artistique et production industrielle ou artisanale. C’est dans ce contexte que le créateur
nancéen collaborera avec la Verrerie de Meisenthal entre 1867 et 1894. Une frise chronologique illustrée revient sur le parcours édifiant d’Emile Gallé et l’exposition présente une collection d’exceptionnels chefs-d’œuvre fabriqués à Meisenthal, et majoritairement d’inspiration naturaliste. Cette aventure créative sans précédent orchestrée par le chef de file de l’Ecole de Nancy confèrera à Meisenthal le statut de berceau du verre “Art nouveau”. Après la rupture du contrat avec la Verrerie de Meisenthal, Emile Gallé créera sa
propre verrerie à Nancy en 1895. A Meisenthal, une production de pièces de style Art Nouveau – créée principalement par Désiré Christian, proche collaborateur d’Emile Gallé et émailleur de talent, et Eugène Kremer – sera diffusée sous la marque “Verreries d’Art de Lorraine” jusqu’à la Première Guerre mondiale. Si la production dite artistique est abandonnée après la Première Guerre mondiale, la création du Centre International d’Art Verrier, à deux pas de là, en 1992, réveille la tradition d’innovation à Meisenthal. Ce second souffle verrier est illustré dans la seconde partie de cette salle d’exposition par la présentation de pièces contemporaines nées au CIAV, désormais versées aux collections du Musée du Verre. Une sélection de pièces produites par des artistes verriers représentant le mouvement Studio Glass au début des années 1990 côtoient ainsi des objets conçus par des designers ou des pièces imaginées par des artistes plasticiens de 1995 à nos jours.
L’atelier vu du ciel
Passée la porte de l’espace de démonstration, mitoyen de la galerie d’exposition, on est de suite saisi par le ronronnement des fours de fusion, la chaleur qui s’en dégage ou encore l’odeur du bois d’un outil qui vient de se frotter au verre en fusion. La mezzanine (créée en 1997) qui surplombe l’atelier historique du CIAV, premier dispositif de démonstration permanente installé
dans la région, nous invite à vivre une expérience multisensorielle unique. Sous nos yeux, des souffleurs de verre, héritiers de savoir-faire aujourd’hui sauvegardés, sont en pleine effervescence. Ils s’apprêtent à fabriquer un objet qu’ils ont imaginé avec un créateur contemporain. La matière brute, miel liquide et incandescent, est prélevée dans le four de fusion à l’aide d’une canne à souffler et se verra peu à peu façonnée pour se muer en un objet. Equipé d’un micro, le souffleur de verre nous présente l’atelier, partage sa passion pour la matière et nous explique les différents savoir-faire et outils convoqués pour la fabrication de l’objet présenté. Autour de lui, d’autres verriers s’activent, préparent un moule, ajustent leurs gestes et se font complices du processus de production. Plongés dans l’intimité de l’atelier et du ballet hypnotique des verriers, l’on se sent alors témoin privilégié de la naissance d’un objet, résultat d’un étonnant travail collectif. Se porter au chevet des techniques traditionnelles verrières propres à ce territoire n’est pas une démarche anodine. Au-delà de l’intérêt culturel et patrimonial de cette quête, nous sommes persuadés que le travail de réinterprétation mené par les créateurs et les verriers à Meisenthal permet de délivrer l’artisanat verrier du registre du folklore, de redonner du sens à la valeur du travail, d’initier une nouvelle approche partagée des pratiques artisanales et l’émergence d’un modèle économique innovant et populaire.
Démonstration commentée des souffleurs de verre